La traversée du Pacific

 

 

18 juin 15h30, enfin le départ. La voiture nous attend en bas de l’hôtel. Il faut dire qu’on attendait ce moment depuis longtemps. Par 3 fois, l’agent chinois que nous ne verrons d’ailleurs jamais, nous a envoyé un mail pour nous informer que le bateau avait du retard : arrivée prévue le 16 juin à 22h. puis : arrivée retardée et prévue le 17 juin à 03h, et encore : arrivée retardée et prévue le 18 à 15h30 départ le 19 juin à 16h. Dur pour les nerfs, on est certes pressé de quitter la Chine, mais ce qui nous tend un peu, ce sont nos visas qui finissent le 18 juin à minuit. L’amande pour un dépassement de visa est de 500 yuans (75 fr) par jour et par personne. On n’a vraiment pas envie de donner encore de l’argent aux chinois pour des visas. Les 4 visas que nous avons eu nous ont couté pas loin de 1000 fr pour les deux, avec en prime et pour le même prix l’arrogance des préposés aux visas dans les ambassades.

 

Nous voici donc dans la voiture privée qui nous mène à l’immigration au port en eau profonde de Shanghai. Dernière arnaque chinoise : 900 yuan (135 frs) pour 45 minutes de transport, le même prix que 24 heures de trains couchettes molles (couchette molle = 1ère classe) alors qu’un taxi nous aurait coûté au maximum 250 yuan (37 fr.) Mais comme on ne peut pas faire autrement car ce serait trop compliqué, voire impossible de se rendre à l’immigration et au bateau par nos propres moyens. On ne dit rien pour le moment et on paye avec le sourire de circonstance, c’est-à-dire jaune. On verra plus tard avec l’agence française Mer & Voyage, un peu trop polie pour   être tout à fait honnête et passée maître dans l’art d’esquiver les questions embarrassantes dans nos échanges de mails. Mais pour l’instant c’est le départ.

 

A la douane, on croise les passagers qui débarquent du Handjin Geneva. Un couple de Bernois. On discute un bon moment en attendant que les formalités douanières soient finies et on s’échange des infos et nos yuans contre leurs dollars canadiens. On discute des frais payés pour le transfert. Le contact qui fait le transfert de la douane au bateau arrive et leur demande 250 $(225 fr.) pour le transport. Grâce à nos discutions, ils s’insurgent appellent le bureau et décident de prendre le taxi. Notre chauffeur repart à vide mais avec nos 900 yuans et les Bernois après une âpre négociation arrive à baisser la facture à 600 yuans soit 90 fr. C’est beau la Chine, on a beaucoup aimé, mais là qu’est-ce qu’on est content de partir !!

On embarque dans une autre voiture, direction le bateau. On traverse l’immense port de Shanghai : des containers à perte de vue, des grues de déchargements un peu partout, des camions faisant la navette du parc de containers aux navires. Shanghai est le plus grand du port de fret de Chine et peut-être du monde.

 

On arrive au bateau, 3 gigantesques grues s’affairent à   décharger et charger les milliers de containers sur son pont. Un escalier longe la coque, en haut quelques marins philippins viennent à notre rencontre pour nous aider à porter nos bagages. Dès que nous arrivons à bord nous signons une feuille d’embarquement et un officier allemand nous accueil et nous souhaite la bienvenue. Il nous accompagne jusqu’à un petit ascenseur et nous montons jusqu’au pont F ou se trouve notre cabine. Nous découvrons le petit appartement qui va nous abriter pendant 15 jours. C’est très bien agencé, il y a tout ce qu’il faut ou presque. Une première pièce d’environ 5 mètres sur 5 nous servira de living room elle est flanquée de 2 hublots carrés et agencée avec des armoires, une table des fauteuils ,2 canapés confortables. Sur une armoire trône une télévision. Je remarque tout de suite à son épaisseur qu’il ne sera pas possible de  brancher la télé sur mon ordinateur. Ce n’est pas important, on regardera les films directement sur l’ordi. Pour compléter l’agencement, un lecteur dvd, une mini chaine stéréo et un frigo. Partout des tiroirs et des armoires. On n’a pas l’habitude, car en Asie en général il est très fréquent de se retrouver dans une chambre qui n’a pas le moindre meuble et pas d’étagères. La plus part du temps nos affaires étaient  parterre. Comme nous sommes ici 15 jours se sera super de pouvoir tout ranger.

La chambre à coucher est séparée par une porte. Elle est plus petite que le living avec un grand lit, des armoires et tiroirs un peu partout. Elle abrite également une petite salle de bain standard avec toilettes, douche et lavabo. Cette pièce est flanquée d’une fenêtre, comme celles du living, celles-ci donnent sur les containers à peine 3 mètres au dehors, dans celle de la chambre une tranchée vide d’une 30ène de cm traverse le navire, ceci nous permet d’entrevoir la mer au fond ou pour l’instant le bateau devant nous.

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Nous déposons nos affaires et l’officier nous accompagne un étage plus haut pour voir le capitaine. Celui –ci nous salue et nous demande nos passeports. Il ne correspond pas à l’image que nous nous faisions du capitaine d’un si monumental navire : pas d’uniformes, un jeans et une chemise, petit, cheveux hirsutes, barbe sauvage, et sandales. Il ne paye pas de mine il donne l’impression d’être du genre discret et réservé. Il nous demande nos passeports et on parle quelques minutes, il s’inquiète de savoir si nous avons mangé, à notre réponse négative, il dit à l’officier de nous faire préparer quelque chose. On le quitte et l’officier nous amène  à notre appartement et nous donne quelques explications. Il est Allemand de l’ex RDA, sympathique et amical, il nous explique que les officiers sont allemands et polonais et que l’équipage est Philippin.

On se retrouve seul. Nous commençons à déballer nos affaires et à s’organiser. Tout est sous contrôle et nous découvrons la vie à bord.

Un peu plus tard après avoir mangé un petit buffet froid de salades, fromages, charcuteries et pain, l’officiers  nous fait visiter les ponts du château, c’est, sauf erreur, comme cela que s’appelle la tour d’habitation et de pilotage d’un porte container, 8 ponts se succèdent, nous habitons au pont F, le 6ème. Tout en haut, c’est le poste de pilotage, 2  sièges confortables, séparés par une console. On reconnait tout de duite la manette des gaz parmi la multitude de boutons et instruments. Sur le tableau de bord, devant les sièges les radars et d’autres instruments. Le poste de pilotage est situé sur tribord, des grandes baies vitrées occupent tout le centre du pont. Au dehors, le pont continue et permet d’accéder à l’extrémité du navire, et voir les flancs du vaisseau. Tout près de l’extrémité, de chaque côté, se trouve un poste de pilotage extérieur. Nous verrons plus tard qu’ils sont utilisés lors des manœuvres d’accostage. Nous visitons les autres ponts : en dessous, le pont g, les cabines du capitaine et des officiers, la radio. Au F des cabines dont la nôtre plus bas 2 étages de cabines ainsi que la salle de détente des officiers et celle de l’équipage philippin. Le pont C abrite la salle de sport et la piscine. Au-dessous, au pont B, la cuisine et de chaque côté les salles à manger, à bâbord l’équipage, à tribord les officiers et les passagers c’est-à-dire nous puisque nous partagerons les repas avec les officiers. La salle  à manger contient 3 tables rondes pour 4 personnes. Compte tenus des quarts, il y a en général pas plus de 3 personnes qui mangent en même temps que nous. Les repas sont réglés comme du parier à musique. Une petite feuille au mur énumère les menus de la semaine. Tout est prévu, pas de surprise, de ce côté la nourriture est européenne avec une prédominance allemande, passant  du jarret de porc avec de la choucroute, aux spaghettis bolo, brochettes etc. etc. Le vendredi c’est le jour du poisson et le samedi celui de la soupe aux poids. Le repas de midi commence par une soupe et le soir, un buffet composé de diverses salades, de fromages et de charcuteries est dressé sur une table. On se sert avant que le steward  amène l’assiette du menu. Le matin c’est un buffet de charcuterie et fromages, pains et confitures  est sur commande et selon les jours des œufs, des pancakes, etc. etc. Chaque semaine, on commence un nouveau programme. On savait que la nourriture serait plutôt « Allemande » et après 8 mois de nourriture asiatique cela ne nous dérange pas. On verra plus tard que nos estomacs ont mis un peu plus de temps à s’adapter à cette nourriture plus grâce et plus riche. Si les asiatiques ne conçoivent pas un repas sans riz, il semble que pour les allemands  le riz est remplacé par des patates. On  en mangera à toutes les sauces et sous toutes les formes à pratiquement tous les repas.

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Un problème se pose à nous : comment faire 3 repas par jours pendant 15 jours sans prendre 5 kilos ? réponse : supprimer le petit déj., essayer de limiter les quantités et faire un peu de sport.  Sur un aussi grand navire, on a vite fait le tour et marcher sur la coursive, l’un derrière l’autre, n’est pas très amusant. On va plutôt faire du vélo et du ping-pong à la salle de sport pour essayer de se maintenir.

Les journées passent et se ressemblent : mer d’huile (heureusement) brouillard, nuages, soleil. Immuablement, régulièrement et lentement, le navire avance. Les jours passent vite, il faut dire que la plupart n’ont que 23 heures car presque chaque jour un panneau sur la porte de la salle à manger nous rappelle que : " We Advanced 1 houre today".  Ce qui est assez normal puisque nous " fonçons" à  15 nœuds  à l’est et traversons environs 8 fuseaux horaires en même temps que le Pacific. Résultat : au bout de 10 jours, on ne sait plus trop ou on en est. On s’endort vers 3 heures du matin et on se réveille ver 10h. Comme nous montons également au nord, les jours s’allongent vu que nous sommes au début de l’été. Hier soir la nuit est venue juste avant minuit.

Cerise sur ce gâteau temporel : le changement de date.

 

On sait depuis le début qu’en faisant un tour du monde d’est en ouest, on allait, au fil du temps,  gagner une journée. Cette journée sera le samedi 28 juin 2014, ou plutôt devrais-je dire les samedis 28 juin 2014. Ce jour-là, sur la porte du mess, il était écrit  "we change date today"  On allait donc changer de date aujourd'hui. J’avoue qu’en écrivant ces lignes, ce fameux premier 28 juin, je n’ai pas encore tout bien compris. En regardant la carte marine au poste de pilotage, on voit une ligne qui la traverse avec la mention "changement de date"  Donc, à force d’avancer une heure nous en sommes à 12 heures de décalage avec le méridien de Greenwich qui définit l’heure universelle (GMT) donc exactement de l’autre côté du globe sur l’antiméridien. Résultat, on change de jour et on passe de 12heures d’avance à 12h de retard avec en prime un 2ème samedi 28 juin, pour compenser les 12 heures qu’il nous reste à parcourir pour rentrer. 12 heures d’avance effectuées + 12heures de retard à rattraper = 24 heures. Nous aurons donc vécu 24 heures de plus lorsque nous aurons fini notre tour du monde. D’où la nécessité de vivre 2 fois le 28 juin. En résumé et pour conclure, nous sommes exactement au milieu de notre tour du monde en ces samedis 28 juin et nous avons 1 jour d’avance sur l’Europe, mais comme nous n’avons fait que la moitié du chemin et seulement 12 heures de décalage, il nous reste 12 heures à compenser pour arriver chez nous à temps et à la bonne heure. Ouf je viens de comprendre.

Journée à bord.

 

10 heures réveil : comme expliqué ci-dessus le décalage horaire répété n’y est pas pour rien. D’ailleurs, si on devait donner des explications, on dirait, que les jours où on ne nous enlève pas une heure, on se lève à 9h. De toute façon, pour nous l’heure ne veut plus dire grand-chose. En plus, pour ajouter un peu à la confusion, le crépuscule survient autour de minuit. On ne sait pas exactement à quelle heure le jour se lève car on dort. Un jour, on s’est levé à 5 heures du mat. Pour voir les rives de l’ìle d’Hokkaidō (Japon) il faisait jour. Mais comme vous le savez maintenant ce qui est arrivé il y a 4 jours n’est certainement plus d’actualité aujourd’hui.

Donc 10 heures debout. (En plus, on doit mettre le réveil pour se lever à cette heure matinale) On se fait un petit café ou un thé avec une biscotte puisque on ne prend pas le petit déj. (Le petit déj. a lieu au milieu de la nuit entre 7h30 et 8h30 du matin). Ensuite Pascale fait un peu de gym pour maintenir son dos et moi je descends à la salle de Gym pour faire un peu de vélo pour maintenir mon ventre. 27 minutes, 13 km et 600 calories plus tard je remonte les 5 étages et rejoint Pascale. Après cela dépend du temps : option 1, si il ne fait pas très beau, c’est-à-dire couvert ou brouillard, on monte au pont H tout en haut, on discute le bout de gras avec l’officier de service et on scrute la mer en quête  de Dauphins, d’orques ou de baleines. Une chose qui  nous surprend tous les jours, ce sont les oiseaux qui volent tout autour du bateau ou qui sont posés, en groupes ou seuls, sur l’eau. C’est étonnant de voir autant d’oiseaux alors que nous sommes souvent à plusieurs centaines de km de la terre.

L’autre option du matin, si le temps est plus propice est de parcourir les 178,70 mètres qui nous séparent de la proue. C’est notre endroit de prédilection. Ici, pas le moindre bruit, à part le vent qui souffle parfois et le bruit de l’eau qui butte contre l’avant de la coque. Je ne parle pas de vagues, car il n’y en a pratiquement jamais. Nous prenons toute la mesure de l’expression ; une mer d’huile. Les vagues du sillage du navire ondulent l’eau et lui donne effectivement l’image d’une mer qui serait d’huile. C’est doux, mou, ondulant. Jamais dans nos rêves les plus fous nous aurions imaginé tant de calme au milieu de cet océan. En été, le Pacific nord est effectivement Pacific. Mais, selon les officiers du bord qui parcourent cet océan à longueur d’année, l’hiver, l’ambiance est tout autre : l’huile se transforme en écume, la brise en vent tempétueux, les frémissements de l’eau en vagues gigantesques qui percutent le bateau et le font tanguer. Le calme n’est qu’apparent et précaire. On a beaucoup de chance de naviguer sur ce havre de paix et de calme encourageant la contemplation et la méditation. Pourvu que cela dure, il semble selon la météo que cela va durer, mais, à l’instar de nos lacs qui sont calmes une heure et déchainés 10 minutes plus tard, il ne faut présager de rien. Restons très modeste et respectueux quand nous naviguons si loin de tout, à la merci des vents, mais pour l’instant on dit. Merci les vents !! D’avoir l’amabilité d’épargner l’estomac sensible de Pascale qui a déjà assez à faire pour apprendre la gastronomie allemande et surtout à la digérer. Surtout que le cuistot n’est pas top.

 

 

Puis, survient midi. Déjà, on a rien vu venir. Vous allez me dire : holà mon gars, tu te lèves à 10 heures et tu t’étonnes que midi est déjà là  2 heures plus tard. Là. je réponds que : 1 vous oubliez le décalage horaire et 2 on s’est endormi à 3 heures (am en plus comme dises les anglo.). Enfin c’est l’heure de manger. 12h00 on arrive au réfectoire. Le plus souvent il n’y a personne. Le steward, un jeune Philippin, nous accueille et nous énumère le menu. Comme la plus part des mets sont des spécialités allemandes, on rigole et on l’arrête (de poisson) et on lui dit te fatigue pas mon gars, non seulement tu comprends rien à ce que tu dis, mais nous on comprend rien à ce que tu racontes.

 

Pour la petite histoire et  en guise de parenthèses, au bout de 8 jours, nous avons remarqués que l’équipage philippin ne mangeait pas "Allemand" ce qui est sans doute très judicieux et a déjà dû éviter pas mal de mutineries. Donc nos cerveaux ramollis par l’inaction et la nourriture germanique ce sont dit : s’ils mangent autre chose, on pourrait peut-être essayer.

On a donc arrangé la chose avec le cuistot. Je lui ai expliqué mon addiction au riz et qu’après 10 jours de patates, j’allais devenir désagréable voir dangereux, dans tous les cas incontrôlable. Ok me dit-il. Demain on te sert du Philippin, tu aimes épicé, ok,  ça sera épicé. On verra bien, moi qui n’est jamais mis les pieds aux Philippines, De toute façon, cela ne peut pas être pire que la bouffe allemande. Je me réjouis déjà, mais en fait vu la qualité du cuistot, je vais vite déchanter. La nourriture servie est grasse, trop salée et pas très bonne.

Quand on ne mange pas et que l’on n’est pas dans notre cabine, nous sommes soit tout en haut au poste de pilotage, soit à l’avant. Le poste de pilotage est super, on domine tout et on peut facilement passer de bâbord à tribord par une passerelle à l’arrière. De chaque côté, à l’extérieur, des déflecteurs d’air, flanqués sur la rambarde, dévient judicieusement l’air l’envoyant littéralement en l’air et formant ainsi une sorte de barrière invisible nous protégeant du vent du large. Il suffit de reculer d’un pas devant ce déflecteur pour être protégé. Aux extrémités du pont, les postes de pilotages extérieurs ont le même effet grâce à leurs formes déviant les courants d’air.

Plusieurs fois, nous aurons la chance de voir des dauphins et des baleines. C’est en quittant la mer de Béring, autour du 10ème jour de navigation, le long des Îles Unimak, que nous verrons le plus de baleines. Elles s’annoncent par un jet d’eau, l’expulsant à la manière d’un plongeur qui vide son tuba. Omniprésents tout au long du voyage, les oiseaux nous accompagneront partout. Nous sommes très étonnés de voir ces volatiles, posés sur l’eau ou rasant les flots, à plusieurs centaines de km de la côte la plus proche. En revanche, quand on aperçoit les goélands et les mouettes, on sait que la terre n’est pas loin.

 

Visite du moteur.

 

On descend dans le ventre du bateau après avoir traversé le vestiaire des mécanos. Par plusieurs rangées d’escaliers, on arrive dans une énorme pièce du volume d’un bâtiment de 3 étages. Au centre trône le moteur, une usine à lui tout seul. Env. 30 mètres de long sur 10 de haut et 5 de large. Le bruit est assourdissant et les pamirs sur les oreilles indispensables. 10 cylindres en ligne, 150'000 cm3, 45'000 kw de puissance. 150 litres pour 1 cylindre!! ce monstre consomme jusqu'à 60'000 litres par jour. Derrière le moteur, solidement fixé contre la rambarde, un piston de rechange d’environ 4 mètres de haut est suspendu à un palant. Derrière, 3 cylindres sont solidement arrimés. A une extrémité sort le gigantesque arbre de transmission d’environ 1 mètre de diamètre qui file sur une trentaine de mètres jusqu’à l’hélice. Sur le dessus, les filtres à air et les gigantesques échappements qui montent jusqu’au sommet du navire. Tout autour de ce monstre, plusieurs salles ouvertes contenant les innombrables moteurs et machines accessoires : pompes, compresseurs, génératrices, incinérateur, réservoirs d’huile, ventilateurs, filtres à air etc. etc. On a l’impression d’être des souris sous le capot d’une voiture. Avant de descendre ici, on imaginait qu’il y avait du cambouis partout, de l’huile, de la saleté, de la fumée, de la suie, bref l’image d’un moteur ordinaire. En fait nous nous sommes retrouvés dans un univers immaculé, pas une poussière, pas la moindre tache d’huile, tout est rangé, propre, nettoyé, nickel. La seule pollution est sonore. Derrière les salles, le poste de pilotage bardé d’ordinateurs et d’armoires électriques. Des écrans permettent littéralement de voir à l’intérieur du moteur. Tout est mesuré, contrôlé et réglé en permanence.

Niveau ambiance sur le bateau, cela n’était pas tété. Les marins ne doivent pas être très causant et à part Sacha avec qui nous avons pas mal discuté, les autres officiers et le capitaine nous ont très peu parlé. Aux repas, ils arrivaient mangeaient en 5 minutes et partaient, pratiquement sans dire un mot. Ils passent 3 mois de suite dans cette ambiance, ce ne doit pas être la joie. Pour nous, même si on aurait préféré plus d’ambiance, cela ne nous a pas trop dérangé. Nous étions sur notre planète et ce fut super.

 

Arrivée au Canada

 

Après 8500 km et 16 nuits à bord dont les 15 premières parfaitement calmes et sans la moindre vague et la dernière un petit peu plus chahutée, mais rien de bien méchant, nous sommes (enfin) arrivés à Prince Rupert. Au vu du retard du bateau à Shanghai à cause du brouillard, nous avons eu la bonne idée d’annuler notre réservation d’hôtel pour l’arrivée. Ceci nous a permis d’économiser 2 nuits puisque au final, nous sommes arrivés 2 jours plus tard que prévu. On ne reste donc qu’une nuit ici et devinez ce que l’on fait demain matin à 5h30 ? Et bien, on va prendre un bateau !! Cette fois pour seulement 15 heures sur un trajet qui promet d’être magnifique, dans les canaux intérieurs entre Prince Rupert et Port Hardi, tout en haut de l’Île de Vancouver.

Pour l’instant, on se retrouve à Prince Rupert, un peu paumé et déboussolé après ces 15 jours d’isolement. Les canadiens ont l’air très sympa, décontractés et étonnés de voir 2 Suisses arriver en cargo depuis la Chine. Nous, on est heureux d’avoir fait ce super et étonnant voyage.

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Le Canada

Prince Rupert

On avoue être un peu paumé, Le changement est total. On se retrouve dans une toute petite ville au bord de la mer. Pas de tour, pas de Chinois. Ce qui nous surprend en premier c'est que les habitants sont plus vieux, En Chine la majorité des habitants semble avoir moins de 30 ans. Ici pas du tout. Autre chose qui nous frappe: il y a plein de personnes obèses, énormes, pas étonnant, la nourriture a changé aussi. Ici, le standard c'est le Burger. Il est servi à toutes les sauces et sous toutes les formes. Les Mc do ne sont plus que des vendeurs de hamburgers, de plus, la plus part des restos servent des burgers et la plus part des gens dans les bistrots mangent de burgers. Autre changement radical: les voitures. Ici des pick-up et des 4x4 énormes. Je me délecte de la musique produite par les 8 cylindres qui ne sont pas étranglés par des restrictions interminables comme en Suisse. Ici, fini de risquer sa peau à chaque traversée de route. On a de la peine à s'habituer à ça. On avance prudemment au bord de la route et immédiatement les monstres pick-up s'immobilisent à 15 mètres du passage piétons. Si en Chine les piétons n'ont rien à faire sur la route et sur les trottoirs, au Canada les véhicules sont tolérés sur les routes s’il n'y a pas de piétons. L'ambiance est cool et relax, les gens sont aimables amicaux et détendus.

 

Demain matin, on part pour un voyage de 15 heures en ferry à destination de Port Hardy, tout au nord de l'ile de Vancouver. On empruntera l'"Inside way", des canaux de mer à l'intérieur des terres. Voila ce que cela donne en images.

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L'ile de Vancouver

Petit coin de paradis, l’ile de Vancouver s’étire sur plus de 500 km entre Port Hardy tout au Nord,  et Victoria, la plus grande ville de l’ile tout au sud. Entre les 2, nous nous sommes arrêté à Campbell River sur la côte est et Tofino, petit village de pêcheurs sur la côte ouest. Cette ile est absolument magnifique, recouverte de forêts humides, de lacs et de parcs. C’est un endroit touristique, très prisé des Canadiens. Les habitants sont adorables souriants et détendus. Ils sont plus " British" que les Anglais, boivent le thé à 4 heures, habitent de petits cottages en bois et passent leur soirée dans les pubs. On adore. Nous avons l’impression d’avoir commencé un nouveau voyage tant le contraste avec la Chine est total.

 

Voici donc: Tofino , la "chasse à la baleine", les forêts humides et leurs géants de plusieur centaines d'années

 

 

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Victoria

Dernière étape sur l’ile de Vancouver : Victoria, la charmante capitale. On y respire l’esprit British,  le calme et la bonhomie de ses habitants. Impossible de croiser un regard sans que la personne vous réponde par un radieux sourire et vous demande comment vous allez. C’est super relaxe et amical. Une ville de 78'000 habitants avec un esprit de village. Tout autour de la ville, la mer est omniprésente. Le port naturel s’enfonce jusqu’au cœur de la cité. Une étape vraiment formidable et agréable. Déjà au-delà du bras de mer qui entoure la ville, se profile les USA. Demain, nous partons pour 3 jours à Vancouver avant de traverser la frontière américaine en voiture pour San Francisco. 3 jours de voiture "soutenus" et environ 2000 km a faire le long de la route 101 qui longe le Pacific.

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Vancouver

Encore une ville super. On loge dans une auberge de jeunesse à Grandville Street, en plein centre. Ce doit être la rue la plus  "chaude" de la ville avec ses sdf, ses marginaux, ses bars, ses concerts dans la rue. On sent que les USA sont à 50 km à peine d’ici. Selon notre amie Dominique que nous retrouverons à Montréal, si il y a autant de Sdf ici c'est à cause des hivers qui sont plus doux et suportables . Vivre dans la rue l'hiver à -30, comme à Montréal, c'est pas évident....

Juste derrière les quartiers du centre, le port ou plutôt les ports. Tout de suite après un parc extraordinaire avec des arbres géants  et la mer tout autour. Vancouver est une ville où il fait bon vivre.

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Les USA

La Route 101

du Canada à San Francisco

Nous voici à la frontière Américaine. Un gigantesque drapeau à étoiles ondule devant la douane et un panneau vous souhaite la bienvenue. Tout de suite le ton est donné par les douaniers. Le premier qui contrôle les documents sur la route nous pose des questions  en feuilletant nos passeports : d’où venez-vous ? Où allez-vous ? Quel-est votre métier ?  Comptez-vous travailler aux USA ?  Etc. etc. On lui  explique notre voyage, le programme aux USA. Le retour au Canada. Il se mare quand on lui dit qu’on ne prend pas l’avion,  Il reste perplexe quand on parle d’un voyage de 13 mois et nous demande : vous ne vous ennuyé pas de votre pays ? On lui dit que pour l’instant ce qu’on désire le plus c’est entrer dans son pays. On plaisante, il nous rend nos passeports et nous donne un papier orange en nous expliquant où parquer notre voiture et à quel bureau nous devons nous rendre. On se retrouve quelques minutes plus tard à faire la queue (3 personnes devant nous), Un vingtaine de douaniers sont assis derrière un comptoir et fait signe au premier de la queue dès qu’il a fini avec la personne devant lui. C’est notre tour, on tend les passeports et le billet orange à une charmante douanière. On recommence avec les mêmes questions et les mêmes réponses, on parle de nous, de notre boulot, de la carrosserie, de notre voyage. L’ambiance est détendue et on plaisante. En prime on a droit aux empreintes digitales des 2 mains et à la photo. C’est tout bon, circulez, vous êtes fichés. On paye 6$ par personne pour le billet d’entrée pour 3 mois, avec un pincement au cœur en repensant aux quelques 1000 fr qu’on a dû donner aux chinois pour les visas en étant en plus traité comme les derniers  des voyous.

On est parti pour 4 jours de route jusqu’à San Francisco. Nous suivrons   la route 101 qui longe la côte Pacific. Nous traverserons l’état de Washington, l’Oregon et un petit bout de la Californie. 1650 km au total. La route est magnifique. 

 

4 jours plus tard, nous entrons par la grande porte à San Francisco, c’est-à-dire par le pont du Golden Gates. C’est absolument super et on est très impressionnés. San Francisco a toujours été un rêve pour moi. Au milieu de la baye, nous apercevons la mythique ile d’Alcatraz. Nous avons réservé sa visite pour samedi 19 juillet.

La route 101 fut encore plus magnifique que nous l’imaginions. Par moment nous longions la côte déchiquetée de rocher.  La vue  de cette côte sur plusieurs dizaines de km est impressionnante. Les plages gigantesques s’étendent jusqu’à l’infini. Nous avons eu la chance de voir pleins d’animaux, des aigles, des pélicans et des otaries. Ailleurs, nous avons traversé des forêts de géants. La route frôle des arbres plus que millénaire. On se sent tout petit et très éphémère. Nous nous sommes même amusés à traverser un arbre de 2000 ans  avec notre voiture dans un tunnel creusé en son centre.  Les américains sont vraiment de grands enfants. En plus ils sont cool relaxes, courtois et aimables. C’est la Californie, le rêve américain. Voici cette route et l’arrivée à Frisco.

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San Francisco

On était très jeunes lorsque  a eu lieu la révolution hippie en 1968. J’avais 11 ans et Pascale 7. Elle nous a quand même marqué profondément et on a grandi dans la fin de la  peace and love génération. Pour ma part, j’ai quand même fait 3 fois la route des Indes de 1976 à 1984 et nous avons séjournés près de 2 ans en Inde, au Népal et Sri Lanka entre 1981 et 1984. C’est dire si San Francisco nous interpelait.

La réalité colle parfaitement à notre attente. Nous sommes installés pour 4 jours au le centre de la ville, dans le quartier chinois. Tout y est : les rues en fortes pentes où circulent les "cables cars", (métros tirés par un cable dans la route), les docs avec les boutiques, les charmantes maisons en bois de 2 étages , le financial district  (le quartier des affaires), avec ses tours, le Golden gate et les parcs géants dans la ville.
Au centre de la baie se trouve la mythique ile d’Alcatraz et sa non moins célèbre prison, qui ne contient plus que des touristes  depuis que Robert Kennedy, ministre de la justice en 1963 ordonna sa fermeture parce que la prison rongée par l’iode et la mer coûtait trop cher à entretenir. C’est aujourd’hui un parc national. C’est par là que nous avons commencé la visite de la ville avec un pincement au cœur et l’impression d’être déjà venu ici grâce aux nombreux films que nous avons vu sur cet endroit.

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